La surmédicalisation de l’accouchement en Europe

L’accouchement médicalisé a été extrêmement banalisé en France, par la presse féminine, et par le corps médical. De ce fait, les femmes n’ont plus vraiment idée qu’elles peuvent refuser toutes ces techniques qui leur sont souvent imposées de fait, les rendent dépendantes et les dépossèdent du véritable vécu de leur accouchement.

Souvent, les femmes entrent à l’hôpital ou la clinique pour se livrer corps et âme, à la technologie ultra-moderne de l’accouchement, en se soumettant à toutes les directives qui leur sont imposées, pensant ainsi qu’il aura plus de chances d’être réussi.  Tout est décidé et orchestré par le médecin, sans que le corps de la femme, ni le bébé, puisse avoir l’occasion de s’exprimer. Ainsi, ces femmes se résignent à être des patientes allongées sur des lits d’hôpital, plutôt que des mères accouchant activement.
Il serait temps qu’elles reprennent elles mêmes la maîtrise de leur corps, et la responsabilité de leur enfant après l’accouchement. Il serait temps qu’elles prennent la maîtrise, en conscience, des décisions prises pendant l’accouchement.

C’est pour cela qu’elles doivent être informées de toutes les techniques utilisées couramment dans les hôpitaux, de leurs inconvénients, effets secondaires. Et, informées, pouvoir choisir librement et en conscience, l’accouchement qui leur convient le mieux.

 

Le monitoring

C’est un appareil encombrant, posé en général dès l’arrivée à la maternité, qui enregistre les contractions utérines et le rythme cardiaque du bébé. Il est censé détecter d’éventuelles détresses fœtales. Or, il s’avère que le taux croissant de césariennes serait en corrélation avec l’usage du monitoring. En effet, une étude de 1982 montre que dans 74% des cas, les tracés du monitoring montrent une détresse fœtale alors que ce n’en est pas une. Croyant les bébés en danger, les médecins pratiquent des césariennes qui se révèlent inutiles.

De plus, il oblige la femme à rester allongée, et donc de n’être plus libre de ses mouvements dès lors que le travail a commencé.

La perfusion

Elle aussi entrave la liberté de mouvement. Particulièrement pénible au milieu d’une contraction, elle est mise en place, "au cas où…". Elle facilite essentiellement l’administration de médicaments et antalgiques.

Rappelons que les bébés des femmes ayant reçu des médicaments durant leur accouchement on souvent des difficultés de succion à la naissance.

La péridurale

Cette "merveilleuse" invention, qui facilite tant l’accouchement, est bien le reflet d’une société dans laquelle tout fonctionne à travers des intermédiaires protecteurs : comme la télévision est un écran à la réalité, la péridurale est un écran à la naissance…

Ce ne sont pas les médecins qui imposent la péridurale, non. Mais bien les femmes qui la réclament. Souvent, avec insistance. Pour la dissociation corps/mental qu’elle entraine, et la libération vis-à-vis du biologique.
Mais, la généralisation de la péridurale est la conséquence de la généralisation de l’accouchement en position lithotomique (allongée sur le dos, jambes relevées), imposée aux femmes parce que permettant une meilleure visibilité pour le praticien. Cette position inconfortable pour la parturiente, multiplie les douleurs de l’accouchement.
La péridurale, contrairement aux idées reçues, ne rend pas l’accouchement plus facile et rapide, mais est bien plutôt un facteur de complications.

D’après l’American Journal of Obstetrics and Gynecology, une étude parue en 1997 , concerne les femmes ayant choisi la péridurale :

  • la 1° phase du travail a duré en moyenne 2 heures de plus
  • la 2nde phase, 1 heure de plus
  • plus de la moitié des femmes ont eu besoin d’ocytocine pour intensifier le travail
  • quatre fois plus de femmes ont eu des bébés se présentant mal
  • 2 fois plus de femmes ont eu recours aux forceps et ventouses
  • ¼ d’entre elles ont fini en césarienne (2% pour le groupe ayant choisi un accouchement sans médication).

Si les risques liés à la péridurale ont diminué avec les années pour la mère, on n’en connaît pas encore les conséquences et effets secondaires pour l’enfant. Les fabricants américains d’anesthésiques se contentent de signaler que leur action à long terme sur le fœtus n’a pas été étudiée, ni leur impact sur la vie ultérieure de l’enfant.

Concernant les effets immédiats, des études récentes ont montré de très nombreux effets négatifs sur les bébés dont les mères ont reçu des antalgiques : atteinte du système nerveux central, des réactions sensori-motrices (qui peuvent affaiblir la création des liens avec l’enfant), perturbation du comportement alimentaire (la majorité des bébés souffrent de reflux gastrique), perturbation du réflexe de succion, augmentation de l’irritabilité…).
Il a été institué que les femmes ont besoin de médicaments pour résister aux souffrances de l’accouchement, mais elles peuvent l’accepter ou le refuser.


Car durant le travail, il suffit de prendre quelques mesures simples : marcher, changer de position … Le soutien et l’encouragement des proches et des accompagnants joue aussi un très grand rôle. Les sages femmes, outre leur compétence médicale, peuvent assurer un soutien psychologique important.

Le rasage du pubis et les lavements intestinaux

Fréquemment pratiqués par les hôpitaux, ils ont pour but de créer un champ stérile afin d’éviter la contamination de ce qui est considéré comme un "site chirurgical". Cette pratique déshumanise et désexualise la zone vaginale, coupant la femme de son périnée et des émotions qui lui sont associées.

Rien n’indique que la nature ait cherché à rendre l’accouchement stérile. En effet, à sa sortie du canal vaginal, le bébé est recouvert d’un film protecteur constitué des bactéries du vagin maternel. Il est immunisé contre elles parce qu’il a vécu dans le même écosystème que sa mère pendant 9 mois.

La rupture de la poche des eaux

Pratiquée dans les hôpitaux à 3-4 cm de dilatation du col, de geste médical fait partie du "protocole" (c'est-à-dire qu’une sage femme qui ne l’aurait pas exécuté ne serait pas couverte en cas de problème).
Or, la poche des eaux est comme un coussin entre la tête du bébé et le col de l’utérus contre lequel elle s’appuie. Elle amortit et adoucit le travail. Une fois la poche percée, la tête du bébé est en contact direct avec le col et les contractions sont beaucoup plus douloureuses.

Si on laisse la nature faire son travail, la poche des eaux se percera d’elle-même au moment de l’expulsion. Il s’est vu parfois naître des bébés encore enveloppés dans leur membrane.

La position lithotomique

Cette position imposée aux femmes par le corps médical n’a rien de naturel.
En Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, les femmes accouchent accroupies. Cette position pousse naturellement le bébé vers le bas.

Une étude (Pr Moysès Paciornik) menée auprès des indiennes des forêts du Brésil montre que l’incontinence urinaire d’effort qui atteint près de 30% des femmes "civilisées" ayant eu des enfants, a une incidence de 6% chez les indiennes du Brésil.

Cette discordance trouve sa cause première dans la position : au moment de l’expulsion, le canal vaginal de la femme s’ouvre lorsqu’elle est accroupie, se ferme lorsque elle est assise et encore davantage en position couchée.
De plus, la position couchée crée des situations organiques défavorables aux structures du canal vaginal, qui seront facilement atteintes de déchirure, voire de rupture, ce qui affaiblit directement le plancher pelvien. La position accroupie, elle, protège le plancher pelvien des lésions d’allongement, de déchirement, de déboitement et de rupture, garantissant ainsi la femme de l’incontinence urinaire d’effort.

C’est de la position couchée que découle toute la médicalisation de l’accouchement : péridurale, épisiotomie, forceps…

L’épisiotomie

Tout comme la rupture de la poche des eaux, l’épisiotomie fait partie du protocole. Or, contrairement à l’idée reçue, l’épisiotomie ne réduit pas le rique de complications périnéales. Au contraire : elle le majore.
Une étude de 1994 montre que lorsque l’épisiotomie est systématique, elle concerne 83% des parturientes et on observe en post-partum davantage de réparations chirurgicales, douleurs périnéales et de complications de cicatrisation.
Lorsque l’indication est réfléchie, 30% des parturientes la subissent.

Les injections d’ocytocine pour accélérer la dilatation du col ne laissent pas aux tissus le temps de s’imprégner d’hormones et de se détendre correctement. Cette médication implique systématiquement le recours à l’épisiotomie.
Pour que la mère échappe à la déchirure périnéale et à l’épisiotomie, il faut qu’elle soit en position verticale (accroupie, à quatre pattes) pour travailler avec la pesanteur, et non contre elle. De cette manière, la tête du bébé étire lentement le périnée sans provoquer de déchirure.

Le remplacement de la sage femme par un obstétricien

Celui-ci ne devrait intervenir qu’en cas de problème.
les pays ayant les plus faibles taux de mortalité maternelle et périnatale sont ceux qui ont les taux les plus élevés d’accouchements suivis par des sages femmes (pays bas, pays scandinaves, Japon).
Les pays qui ont les taux les plus élevés d’obstétriciens ont les taux les plus élevés de césariennes (USA : 25%)
L’OMS recommande de faire appel à des sages-femmes pour le suivi de grossesse, la naissance et les soins du nouveau né. Les résultats sont alors meilleurs pour la mère et les bébés, car les sages-femmes proposent une surveillance prénatale, respectent la naissance en tant que processus normal, encouragent à faire des choix éclairés. Elles offrent aux femmes désirant des accouchements normaux et naturels une surveillance compétente de la grossesse.

Conclusion : Quel est le meilleur endroit pour accoucher ?

Il semblerait pertinent de réexaminer la croyance généralisée que l'hôpital est le lieu le plus sûr pour accoucher.  
Nous avons tenté de décrire l'arsenal technologique de l'accouchement, "pris en charge" à 100% par le corps médical et la sécurité sociale, pour tenter d'illustrer combien la femme vit son accouchement derrière cet écran technologique, se retrouvant par là même depossédée de la conscience du processus qui se joue en elle en ces instants, et que la nature semble lui avoir donné comme une opportunité de s'ancrer profondément dans sa féminité, pour peu qu'elle veuille bien entrer dans ce processus initiatique.

La femme allongée sur sa table d'accouchement et exécutant à la lettre les consignes d'un médecin lui dictant pas à pas son comportement, est bel et bien accouchée par son médecin, elle n'accouche pas !
Mais de plus en plus de femmes réclament que leur soit, d'une manière ou d'une autre, rendu cet instant qui n'appartient qu'à elles. Quel que soit le lieu et les modalités organisationnelles de l'accouchement, elles veulent rester actives pendant leur accouchement, faire respecter leur choix de naissance pour elles et leur enfant, car elles se sentent la capacité de mettre au monde elles mêmes leur bébé.
Ce sont les femmes elles mêmes, et elles seules, qui peuvent faire évoluer les choses, envers et contre un corps médical résistant à ce changement. Question de pouvoir, de monopole, et, disons le, d'argent aussi (la facturation de l'acte médical...) Les femmes qui ont vécu cette opportunité de vivre leur accouchement en conscience, se doivent de relayer l'information sur ce qu'elles ont véciu, et c'est d'ailleurs l'objet de cette association. Alors seulement, le "système" (l'ensemble du corps médical et des femmes, le "discours social" sur l'accouchement) reconnaîtra que l'accouchement est un processus physiologique normal et non pas pathologique, qui n'a pas à être systématiquement médicalisé. Il donnera de fait une place toute légitime aux sages-femmes comme meilleure solution pour les futures mères. Il donnera, enfin, aux femmes, un véritable choix autour de la naissance, pour leur donner le moyen de se demander : comment, où et avec qui accoucher?

Article réalisé avec l'aide du livre de B. HARPER : "Choisir son accouchement" ed. Vivez Soleil.

 
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